Art/Graphic Director, je réalise pour des particuliers et des entreprises des identités visuelles, des éléments de communication, des photoshoot et du conseil avec leur déploiement à 360°. Parallèlement à ça, j'occupe mon temps entre la peinture, l'écriture et surtout la photographie.

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… et pourtant elle ne s’est jamais aussi bien portée.

C’est un triste constat que celui-ci, un paradoxe dont nos sociétés modernes et développées ont le secret.

Petit rappel des faits : la photographie a été inventée en France. D’abord par Joseph Nicéphore Niépce et l’invention de l’héliographie (de Hélios, le dieu du soleil, évidemment). Ce “Point de vue de Gras” de 1826, une vue de sa maison, est considéré comme la plus ancienne photographie conservée. Il aura fallu 8h d’exposition pour avoir ce résultat :

Puis il travaille à partir de 1829 avec Louis Jacques Mandé Daguerre. Ce dernier mit au point le célèbre daguerréotype. En 1838 (ou 39, on n’est pas sûr), il prend en photo le boulevard du Temple, à Paris. La magie de cette photo, toujours à longue exposition (15 minutes, déjà temps beaucoup plus court) c’est qu’elle présente les premières personnes jamais photographiées ! En effet, même si la photo a été prise à 8h du matin, les personnes sont rendues invisibles par la longue durée d’exposition, ce n’est pas que la rue est déserte (les photographes sauront de quoi je parle). Ici, le cireur de chaussures et son client, immobiles durant le temps d’exposition, apparaissent !

Il publie ses travaux en 1835 et passe un accord avec le gouvernement français pour avoir une pension à vie. La France fit don de ce procédé au monde en 1839.

Voulant que la photo intègre la famille de l’Art, le photographe Gustave Legray, fondateur de la Société Française de Photographie en 1854, souhaita dès 1851 que “la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l’industrie, du commerce, rentre dans celui de l’art”, en parfait accord avec les idéaux de Daguerre et Nièpce.

Pourquoi, vous dites-vous, remonter si loin dans mon histoire ? Parce qu’il est fondamental de se rappeler que la photographie est une invention française, et que depuis le début, ses créateurs ont voulu la rattacher à l’Art.

186 ans plus tard, le 31 décembre 2020 au matin, on découvre dans le Journal Officiel, un décret de réorganisation du ministère de la Culture : la photographie est reléguée au rang de simple “bureau”, une sous-catégorie.

Pourtant dans les années 2000, conscient des enjeux de ce médium, Frédéric Mitterrand lançait l’initiative de la création d’un département dédié au sein du ministère de la Culture, au même titre que la danse, la musique ou le théâtre. Il faudra attendre 2018, sous Françoise Nyssen, pour que ce projet soit concrétisé.
Tout ça, balayé d’un revers de manche par Roselyne Bachelot.

Or, la photographie n’a jamais été aussi en danger.

 

Omniprésence

grandeur…

Depuis l’invention de la photographie, celle-ci a conquis le monde, au point où chaque d’entre nous possède continuellement un appareil photo dans la poche. Évolution logique, on prend tous des photos, partout, tout le temps. Trop même. Qui n’a jamais fait un concert ou un musée avec un ami.e qui ne le voit qu’à travers l’objectif de son téléphone ?

Des réseaux sociaux entiers sont dédiés à cette activité, au partage des photos que l’on prend. La photographie n’a jamais été aussi présente dans notre quotidien. Je serais curieux de savoir qui prend au moins une photo par jour. On est nombreux, je pense. En même temps, c’est si simple ! Les applications de partage contiennent toutes des filtres, des façons automatiques de corriger de la chrominance, les défauts, de recadrage, et de lisser les peaux.

Il devient facile pour tout le monde, de réaliser de belles photos. Évidemment, les qualités varient selon les personnes. Mais la démocratisation des appareils photo, permet à n’importe qui de s’y essayer, de faire des photos encore et encore, de trouver son style. Jamais, dans l’histoire humaine, nous n’avons vu autant de bons photographes. Moi-même, j’en suis tellement sur Instagram, que je n’ai pas le temps de suivre le travail de chacun. Il y a un nombre toujours croissant de personnes se qualifiant de “photographe”. Insagram a tendance, de plus en plus, à se polariser en deux catégories : les photographes, et les modèles, chacun influenceu.s.r.es de leur propre communauté. Plus modestement, certains se nomment “créat.rice.eur.s de contenus”. Le téléphone devient notre assiette, son contenu, ce que l’on consomme. Nous sommes en boulimie de photographies.

 

et décadence.

La photographie est devenue omniprésence. D’où le problème. Qu’est-ce qui fait la valeur d’une chose, et ce, depuis toujours ? La rareté. Si je vous demande de me citer de grand.e.s photographes, il y a de fortes chances qu’ils ou elles proviennent d’avant l’avènement des photos tous azimuts. Pour moi, je vous dirais Robert Capa (mon photographe préféré, toute catégorie), Henri Cartier-Bresson (dont je recommande la visite de la fondation), Annie Leibovitz, Helmut Newton, David LaChapelle, Robert Mapplethorpe, Tom Bianchi, pour ceux qui me viennent naturellement. Même si vous n’êtes pas branché photographie, la plupart de ces noms-là devraient vous dire quelque chose. Vous avez sans doute des références différentes, là ce sont les miennes. Les plus récents d’entre eux ont connu leur âge d’or dans les années 80-90 et leurs noms sont mondialement connus.

Plus les années passent, plus le nombre de photographes augmentent, moins on en connaît.

La photographie est devenue frénétique, aliénante. Elle n’est pas décadente dans sa qualité, au contraire, mais elle est décadente dans sa représentation. D’Art, la photographie est devenue un passe-temps. Et pourtant, c’est si difficile de réaliser une belle photo ! Il faut un regard, un point de vue, un style. Mais techniquement, c’est devenu si simple, si accessible. Et c’est une bonne chose. Beaucoup de photographes mériteraient une exposition en bonne et due forme, avec leurs photos imprimées en grand, en majesté. Mais le diktat du carré, du numérique et du petit est là. En suivant un simple hashtag, vous passez d’un excellent photographe à un autre, encore et encore. Un minimum d’entre eux sont des professionnels, beaucoup sont des passionnés, ayant un salaire confortable et un boulot alimentaire, qui se fournissent en bons appareils et font des photos magnifiques sur leur temps libre. Combien décident d’en vivre ? Combien y arrivent ? La photographie se porte à merveille, mais les photographes sont en crise.

J’ai déjà parlé de la crise du travail de graphiste, mais la crise de la photographie est encore plus insidieuse et profonde. Nombre de photographes ne peuvent plus vivre de la photographie. Même les photographes de guerre sont concurrencées par les téléphones et ne sont plus respectées à leur juste valeur de témoins de l’Histoire sur les champs de batailles.

 

Pour la création d’un Centre National de la Photographie

La photographie n’est pas la seule à avoir souffert. Le cinéma français a subi les assauts d’Hollywood et a faillit disparaître. Il en résultat la création du Centre National de la Cinématographique en 1946 (pour la petite histoire, les problèmes du secteur ayant été reconnus dès 1936, c’est le Régime de Vichy qui créa le premier, deux organismes en pleine guerre : le Comité d’organisation de l’industrie cinématographique (COIC) et la Direction générale de la cinématographie, qui deviendra le CNC à la Libération). Le CNC a sauvé le cinéma français, assurant autonomie, financement et distribution. À l’heure où il serait urgent de faire la même chose pour la photographie, au lieu de ça, on relègue la photo à un “bureau”. Et pour cause, le cinéma est à la fois un Art et une Industrie. Il génère beaucoup d’argent et est difficile à produire, demandant de nombreux moyens et métiers. Alors que la photo souffre de son apparente accessibilité…

Il est urgent de ramener de la modestie dans la photographie (non, nous ne sommes pas toutes et tous photographes), et de redonner ses lettres de noblesse à la Photographie (oui, il y a des photographes de génie qui mériteraient d’être reconnus), comme Art de premier plan. Le tout, en continuant de laisser fleurir les si belles photos que l’on trouve quotidiennement sur Instagram et internet de façon générale. Un casse-tête et un sacerdoce qui méritent la création urgente d’un CNP.










Jean-Côme

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